Comment envisager la transition énergétique?

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Le 22 mars, lors des Assises de l'ESME Sudria, différents scénarios d'évolution énergétique ont été examinés. Au cœur du débat, le nucléaire et les énergies renouvelables : les pays entrent ou sont entrés dans une phase de transition énergétique. La France a-t-elle un retard ou une longueur d'avance à conserver ? Quels sont les moyens pour répondre aux besoins énergétiques à l'horizon 2050 ?
 
Epuisement progressif des ressources fossiles, remise en cause du nucléaire après Fukushima, rendement inégal et faible des énergies alternatives... Tandis que les besoins de production augmentent sans cesse, sous le double effet de la pression démographique et de la montée du niveau de vie, la question des politiques énergétiques est plus que jamais d'actualité. Lors de ce rendez-vous,  des acteurs et experts du secteur énergétique ont débattu et tenté de répondre aux enjeux posés par ces mutations. L'avenir présente deux faces compatibles pour les uns, incompatibles pour d'autres : le développement des énergies renouvelables et celui, controversé, du nucléaire.

Chaque année, lors des Assises de l'ESME Sudria, experts et acteurs du domaine énergétique discutent de l'avenir du secteur, des mutations en cours, de leurs enjeux et des solutions apportées et envisagées par les ingénieurs. L'édition 2011, qui portait sur la mobilité durable, marquait la clôture d'une trilogie axée sur le développement durable.

100 % de renouvelables en 2050 ?
 
Besoin de se chauffer, d'éclairage, de mobilité... Selon Yves Marignac, consultant et membre de l'association négaWatt, il faut changer les mentalités et raisonner non plus en termes d'énergie à produire, mais selon le service énergétique à fournir. Ce glissement de point de vue, qui met l'accent sur les usages et sur l'efficacité énergétique, permet la construction d'un scénario à la fois réaliste et durable. A côté de la minimisation des impacts de production et du privilège accordé aux énergies de flux sur les énergies de stock, la sobriété et l'efficacité seraient de mise pour atteindre un but fixé à échéance 2050, avec l'équilibre au niveau de l'électricité et 100 % de renouvelables.
 
Assises_ESME2.jpgSur les différents secteurs de consommation d'énergie, cela implique des changements dans les usages et les comportements. Par exemple, freiner l'extension des surface bâties, entreprendre des rénovations massives, faire un meilleur usage de l'électricité. Ce scénario implique aussi de travailler notamment sur l'urbanisme et les territoires (pas seulement sur les véhicules et les modes de déplacement, de développer le véhicule électrique en ville et le véhicule à gaz dont les rendements sont meilleurs et les impacts moindres que les biocarburants), sur l'industrie (relocalisation de la production et développement du recyclage des matières premières) ou encore sur l'agriculture (modifier l'usage des sols pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et utiliser la ressource biomasse).

Du côté des ressources, Yves Marignac prône le développement des usages combustibles renouvelables comme le bois-énergie, du biogaz et les biocarburants, la généralisation de l'éolien et du photovoltaïque, ainsi que le solaire thermique, le géothermique ou l'incinération des déchets. Il en appelle à travailler sur la complémentarité entre elles et au développement de moyens de gestion intelligente des réseaux et de stockage. Selon le scénario imaginé par négaWatt, une telle mise en application permettrait une diminution de facteur 16 des émissions  de CO2 en 2050, la création de plus de 600 000 emplois ainsi qu'une capacité de résilience améliorée au niveau énergétique.

Quel avenir pour le nucléaire ?

Dominique Bidou, consultant en développement durable membre de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) envisage quant à lui les enjeux du développement du nucléaire. Il note un environnement marqué par Fukushima bien sûr. « Certains pays comme la Chine ou l'Inde continuent de construire des centrales, d'autres ont dit non comme l'Allemagne, d'autres enfin, comme la France, s'interrogent. » Pour ce dernier, il faut que le nucléaire soit acceptable, c'est-à-dire qu'il soit sûr, économiquement viable, compétitif,  qu'il soit accepté d'un point de vue socio-politique, qu'il soit réglementaire et comptable (que les charges d'exploitation soient remboursées par le fonctionnement).

Assises_ESME5.jpgLe nucléaire est aujourd'hui confronté à plusieurs défis :
 
• Gérer les déchets radioactifs : l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) prévoit la mise en service en 2025 d'un centre de stockage dont l'installation devra être réversible (un puits construit à 500 m de profondeur où l'on devra pouvoir aller chercher les déchets pendant un siècle).
 • Maîtriser le vieillissement : la durée d'exploitation d'une centrale est de 30 ans. Dans dix ans, 22 des réacteurs français seront quadragénaires. Faut-il construire de nouvelles centrales ? La volonté d'EDF est de prolonger significativement la durée de vie du parc français au-delà de 40 ans. Le retour d'expérience est faible et les coûts de démantèlement sont élevés. De plus, certains éléments sont irremplaçables et il ne faut pas rogner sur les marges de sûreté. Pour un maintien de la production à 40 ans, il faudrait construire onze réacteurs pressurisés européens (EPR) d'ici 2022. Or un seul est prévu d'ici quelques années. Pour ce qui est du démantèlement des réacteurs, 30 années sont nécessaires pour démanteler un réacteur à l'arrêt. Le retour d'expérience est ici aussi très faible, et il faut assurer la sûreté.
 • Eviter les accidents graves. On recense à l'heure actuelle trois gros accidents nucléaires (fusions de cœur) : Three Mile Island (Etats-Unis) en 1979, Tchernobyl (Ukraine) en 1986 et Fukushima (Japon) en 2011. Pour éviter la reproduction de tels accidents, il faut mettre en place des évaluations complémentaires de sécurité.
 • Se projeter dans le futur. En France, deux constructions de réacteurs sont prévues à ce jour, à Flamanville et à Penly. Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) prévoit l'élaboration de réacteurs de génération IV. L'Objectif ? Réduire la toxicité des déchets radioactifs issus du fonctionnement des réacteurs, améliorer encore la sécurité et la sûreté. En France, un premier prototype pour un réacteur à neutrons rapides est  prévu en 2020, pour un réacteur industriel en 2040.

 


 

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A propos de l'ESME Sudria

L'ESME Sudria est une école d'ingénieurs fondée en 1905 par Joachim Sudria. L'école est reconnue par l'Etat depuis 1922. L'école est habilitée par la Commission des Titres de l'Ingénieur (CTI) à délivrer son diplôme au nom de l'Etat. Le diplôme d'ingénieur de l'ESME Sudria est visé par le Ministère de l'Éducation Nationale. Le diplôme d'ingénieur de l'ESME Sudria confère le grade de Master. L'école est membre de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) et de l'Union des Grandes Ecoles Indépendantes (UGEI).

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