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Jean-Louis Etienne : « Les ingénieurs de demain auront des réponses à apporter aux contraintes environnementales »

  • 20/05/2019

Chirurgien de formation, Jean-Louis Etienne s’est fait connaître du grand public pour ses nombreuses aventures scientifiques. Médecin de l’équipage d’Eric Tabarly pour une course autour du monde ainsi que dans de nombreuses expéditions (Himalaya, Patagonie et notamment en Arctique et Antarctique), il est premier homme à atteindre le pôle Nord en tirant lui-même son traîneau pendant 63 jours avec des ravitaillements, en 1986. Jean-Louis Etienne est désormais à la tête du Polar Pod, un projet innovant de plateforme océanographique dérivante qui vise à explorer l’océan Austral encerclant l’Antarctique. Partenaire de cette nouvelle aventure entrepreneuriale et scientifique, l’ESME Sudria a invité le principal intéressé pour une conférence passionnante le mardi 14 mai. L’occasion de discuter avec cet homme de conviction qui, à l’âge de 72 ans, ne cesse de vouloir aller de l’avant et réaliser ses rêves.


Jean-Louis Etienne


Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet de Polar Pod ?

Jean-Louis Etienne : Le départ de l’idée, c’est en 2010. Je suis alors parti aux États-Unis pour travailler sur le projet durant deux ans au sein de l’Institut d’océanographie Scripps, où est affecté le RV FLIP, un navire espion de l’US Navy capable d’évoluer profondément dans des eaux stables et qui a servi d’inspiration au Polar Pod. Les choses ont bien avancé et je suis revenu en France en 2013. Depuis, je continue en œuvrant sur trois volets essentiels : le montage du projet scientifique, l’étude des aspects architecturaux/industriels de la plateforme et la recherche de financements.

Comment mène-t-on un projet de l’envergure du Polar Pod quand l’on n’est pas ingénieur ?

Il faut être ingénieux. C’est la base ! Bien que n’ayant pas fait d’école d’ingénieurs, je suis issu d’une formation pratique. J’ai d’abord fait un CAP de tourneur fraiseur et j’étais donc habitué à faire des plans, du travail sur la technologie de construction, celle des matériaux, l’usinage… Cela m’a toujours plu. Après, j’ai fait médecine, ce qui est encore autre chose. Pour autant, comme j’étais interne en chirurgie, qui plus est en orthopédie, j’évoluais encore dans le monde technique et technologique, avec les prothèses, le fait de mettre en place des plaques, des vis, des broches… Mais, au fond, cette expédition du Polar Pod est née comme mes précédentes, avec une nécessité liée à une partie du monde relativement peu connue et fréquentée, en l’occurrence la région polaire. De là découlent une logistique à construire, avec éventuellement un nouveau bâtiment, et un intérêt scientifique. C’est comme cela que je construis mes projets, en alliant un intérêt local, un intérêt scientifique, une aventure et, en général, une nouvelle partie logistique à construire.


Véronique Bonnet, la directrice générale déléguée de l’ESME Sudria, était présente pour présenter Jean-Louis Etienne au public


Au-delà de ces intérêts, le Polar Pod représente aussi un intérêt pédagogique, via sa collaboration avec l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN). C’est important pour vous de transmettre ?

J’aime bien la pédagogie, oui. Pour moi, la pédagogie, c’est d’abord expliquer et apprendre à soi-même, pour être pédagogue dans le sens théâtral du terme. Durant mon parcours scolaire et étudiant, j’ai justement attendu de mes professeurs qu’ils fassent une mise en scène de la connaissance. Si c’est pour répéter un cours que l’on trouve dans les livres ou sur Internet comme avant sur les polycopiés, cela n’a pas d’intérêt. C’est pour ça qu’à partir de la 2e année de médecine, je n’allais plus en cours ! Je suis donc extrêmement sensible à cette valeur pédagogique qui est essentielle : il faut donner envie. Quand on déplace un amphi avec 500 personnes, on a un devoir fondamental qui est de séduire cet auditoire. Si vous êtes un comédien de théâtre, que vous jouez devant une salle et que le public s’ennuie, cela n’a pas de sens. Le professeur a donc un engagement vis-à-vis de la transmission. Il doit être en mesure de comprendre le phénomène et de le débarrasser de ses mots complexes qui ne servent qu’aux spécialistes afin d’en tirer les mots essentiels permettant de donner envie à l’élève d’aller plus loin. Pour moi, c’est ça la pédagogie. De l’accompagnement et de l’envie !

Comment doit-on vous présenter aujourd’hui ? Comme un aventurier ? Un explorateur ?

Je me définis davantage comme un entrepreneur désormais. En effet, l’expédition dont on parle n’est que la partie immergée. C’est la cerise sur le gâteau, la récompense. En dessous, il y a tout un travail de chef d’entreprise. On doit trouver les moyens techniques, financiers et humains pour ensuite réaliser l’expédition. Une fois que l’on part, le « fun » démarre. Bon, il y a aussi du « fun » dans le fait de monter un projet, comme lorsque vous êtes à la recherche de financements et que l’on vous annonce que votre idée est géniale et que l’on va vous supporter, comme la fait l’ESME Sudria !



En venant à l’ESME Sudria, vous avez pu parler du Polar Pod à de futurs ingénieurs. Pour vous, quelle est justement la grande aventure qui attend ces professionnels en devenir ?

Les ingénieurs de demain auront des réponses à apporter aux contraintes environnementales. Il y a deux grands sujets : le climat – et donc l’énergie – et l’impact anthropique d’une manière générale. Prenez l’exemple d’une bouteille en plastique : elle n’est pas dangereuse en soi, mais la dégradation des matières plastiques en mer va donner des micro plastiques. La décomposition en molécules de plastique est, elle dangereuse ! De ce fait, le recyclage sera un domaine important pour les futurs ingénieurs. Pour moi, il s’agit de renouer avec « l’écosystème Terre originel », composé de trois piliers : la production primaire – autrement dit le vert, la végétation – qui représente le point de départ de toutes les vies, les consommateurs, qu’ils soient végétariens, carnivores ou omnivores, et enfin les recycleurs, qui décomposent la matière organique en une matière minérale servant ensuite à réalimenter la production primaire. C’est de l’économie circulaire. Or, aujourd’hui, nous les consommateurs, avons principalement tablé sur la consommation, en inventant des produits alimentant la machine à consommer. Mais cela ne peut être viable que si l’on utilise des matières que l’on sait pouvoir recycler pour revenir au point de départ ! Le travail des ingénieurs futurs portera donc là-dessus, si l’on veut maintenir et renouer avec cet « écosystème Terre originel ».


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