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« L’esprit d’analyse de l’ingénieur sert beaucoup quand on est journaliste »

  • 01/07/2021
Olivier Lascar (ESME Sudria promo 1999), rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir – La Recherche : « L’esprit d’analyse de l’ingénieur sert beaucoup quand on est journaliste »

Faire l’ESME Sudria ouvre de nombreuses portes, y compris certaines auxquelles on ne pense pas forcément. En cela, le parcours d’Olivier Lascar (ESME Sudria promo 1999) est un bel exemple car, aussitôt diplômé, cet Ancien a choisi de mettre à profit ses connaissances d’ingénieur au service du journalisme, son autre grande passion. Aujourd’hui rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir – La Recherche, cet observateur attentif du monde scientifique revient justement sur les multiples points communs qui rapprochent ingénieurs et journalistes.

 

Olivier Lascar (ESME Sudria promo 1999), rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir – La Recherche : « L’esprit d’analyse de l’ingénieur sert beaucoup quand on est journaliste »

Olivier Lascar, un ingénieur de l’ESME Sudria devenu journaliste

 

Comment passe-t-on de l’ingénierie au journalisme ?

Olivier Lascar : Il est vrai que je suis diplômé de l’ESME Sudria, mais j’ai également toujours été passionné par les métiers des médias : c’est ce qui me faisait rêver quand j’étais adolescent. Ainsi, une fois mon titre d’ingénieur en poche, j’ai décidé de voir de quelle façon je pouvais l’utiliser dans la sphère médiatique. J’ai alors fait le tour des facultés de Paris pour tenter de trouver une filière susceptible de correspondre à mon envie, jusqu’à me retrouver un jour au bureau des formations de Jussieu. Je tombe alors sur le flyer d’une formation qui, en quelques mots, parle de communication scientifique, de journalisme radio & TV… Je note l’adresse du bureau du secrétariat et m’y rend pour obtenir des informations, mais la secrétaire sur place me répond que les inscriptions se sont clôturées la veille. Je suis sur le point de partir quand elle me demande si je souhaite malgré tout le document décrivant plus en détail la formation. J’étais sur le point de refuser, pensant que cela ne servirait à rien, mais une petite voix au fond de moi m’a convaincu de le prendre. Une fois en bas du bâtiment, je lis le doc et me rend compte que cela représentant tout ce qui me faisait envie – le journalisme scientifique, le travail en rédaction, la presse… Je remonte aussitôt et fais du forcing auprès de la secrétaire pour obtenir le nom et le contact du responsable de la formation. Je l’appelle et ce dernier accepte finalement de me laisser passer le concours. C’est comme ça que j’ai pu faire suivre pendant un an les cours de ce DESS – l’équivalent d’un Master aujourd’hui  – qui existe d’ailleurs toujours, au campus des Grands Moulins, à l’Université Paris-Diderot. Cette formation m’a permis de faire ensuite plusieurs stages dans la presse, à Libération, à France Info, mais surtout au magazine Science & Vie Junior et dans l’émission E=M6, deux expériences particulièrement déterminantes.

C’est comme cela que vous avez officiellement débuté votre carrière de journaliste scientifique.

En effet, j’ai continué à travailler dans ces deux rédactions en tant que pigiste par la suite, comme journaliste-réalisateur pour E=M6 et comme journaliste écrivant pour Science & Vie Junior, pendant plus d’un an. Et puis un jour, ce dernier m’a proposé une place en rédaction. Or, la rédaction, c’est une entité qui m’a toujours fait fantasmer, moi qui plus jeune dévorais les bandes dessinées de Gaston Lagaffe et d’Achille Talon. C’était une vraie opportunité et cela l’est encore plus aujourd’hui, à une époque où l’existence des rédactions se raréfie et où se multiplient les journalistes freelances et précaires. Travailler en rédaction pour un journaliste, c’est à la fois un luxe et une chance. Quand les circonstances s’y prêtent, quand l’émulsion est bonne, un esprit supérieur aux individus composant la rédaction apparaît alors. Bref, j’étais très content de pouvoir enfin intégrer cette rédaction où je suis resté plus de dix ans. Durant cette période, la problématique d’Internet s’est posée à nous : comment s’y lancer pour un titre de presse écrite comme le nôtre ? J’ai alors initié une petite présence numérique de Science & Vie Junior, avec un blog, des vidéos sur YouTube, etc. Cela a intéressé le journal concurrent, Sciences et Avenir, qui voulait une force de frappe importante sur Internet avec la création d’un pôle numérique et donc d’un site web publiant chaque jour des actualités scientifiques. Sciences et Avenir m’a alors proposé de devenir rédacteur en chef de ce pôle, c’est-à-dire du quotidien web et de toutes les déclinaisons numériques du titre, poste que j’occupe encore aujourd’hui. Et ce qui est bien avec le numérique, c’est que cela peut donner lieu à d’innombrables possibilités, comme récemment le fait de proposer de nouvelles expériences de podcast ou de mener des interviews en direct sur Twitch qui fonctionnent plutôt bien.

 

 

La crise sanitaire récente a permis de pointer du doigt un certain manque de culture scientifique, notamment chez les médias non spécialisés. Il y a donc un réel intérêt à pouvoir être journaliste tout en ayant aussi une formation d’ingénieur, non ?

Lorsqu’on est ingénieur, on développe une méthodologie, une façon d’analyser et de décortiquer les problèmes. Pour un ingénieur, un gros problème d’apparence complexe se compose d’abord d’un petit problème A, suivi d’un autre petit problème B, etc. Or, pour un journaliste, savoir décortiquer est aussi très important. L’écriture d’un article suit d’ailleurs le même procédé : le premier paragraphe entraîne le deuxième, qui à son tour amène le troisième, etc. On ne peut passer directement du 3eme au 5eme paragraphe sans avoir écrit le 4eme ! Cet esprit d’analyse de l’ingénieur sert donc beaucoup quand on est journaliste. Evidemment, on peut aussi être journaliste sans être ingénieur… même si, de par mon expérience, j’ai connu beaucoup d’ingénieurs ayant également choisi de s’engouffrer dans cette voie ! D’ailleurs, il ne faut surtout pas voir ce choix comme un renoncement ou un constat d’échec : même si l’on ne fait pas « un pur métier d’ingénieur », on utilise tout de même nos connaissances, notre bagage technique. Moi, par exemple, quand j’ai intégré la rédaction de Science & Vie Junior, j’ai tout de suite trouvé ma place grâce à cela. Chaque journaliste avait plus ou moins sa spécialité – l’un écrivait plutôt sur la biologie, un autre sur la physique… – et moi, la mienne, c’était les sciences de l’ingénieur. J’écrivais sur les voitures, les fusées… Je me souviens même qu’un jour où le directeur de la rédaction faisait visiter les locaux à un invité, il m’avait présenté comme « l’ingénieur de l’équipe » ! Cela reste une casquette valorisante et valorisée.

 

À l’ESME Sudria, une valeur forte de la pédagogie est d’apprendre à apprendre. C’est un autre point commun entre ingénierie et journalisme.

Il y a beaucoup d’idées reçues sur le journalisme que l’on peut déconstruire quand on exerce ce métier, mais celle-là est bien vraie : quand on est journaliste, on continue à apprendre. C’est un métier qui permet de se cultiver et de s’informer en permanence. Bien sûr, vouloir devenir journaliste requiert de la curiosité au départ, comme pour les ingénieurs. Et moi, ce qui me plaisait dans l’idée de devenir journaliste, c’était aussi de pouvoir papillonner d’un sujet à l’autre, même si on finit par se spécialiser au bout d’un moment. Pour autant, quand on monte dans la hiérarchie, on se déspécialise à nouveau et on retrouve ce goût pour la multiplicité. C’est le cas du rédacteur en chef qui est amené à encadrer des journalistes travaillant sur tous les sujets possibles et imaginables.

 

Enfin, quel conseil donneriez-vous aux étudiants actuels de l’ESME Sudria ?

Difficile d’en définir un car le conseil dépend souvent de l’attente de la personne qui aspire à en recevoir un ! Je dirais toutefois aux étudiants de bien faire attention à l’information qui, aujourd’hui, est malheureusement maltraitée dans tous les sens. La crise de la Covid-19 a démontré que nous sommes dans un moment un peu schizophrène car, bien que l’on ne retrouve pas suffisamment d’information scientifique de qualité ni de journalistes capables de parler des sciences dans les rédactions, il n’y a pas pour autant de recrutements spécifiques prévus. De ce fait, les lecteurs et internautes doivent le plus possible se diriger vers les médias qui font ces efforts-là, qui permettent une bonne vulgarisation scientifique. C’est pour cela que je suis content de travailler dans un environnement comme celui de Sciences et Avenir qui propose une information « raffinée ». Ce terme n’est pas anodin pour un ingénieur : comme le pétrole, l’information est ici moulinée, travaillée… On ne va pas vous envoyer de la matière brute au visage sans autre forme de procès !

 

Olivier Lascar (ESME Sudria promo 1999), rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir – La Recherche : « L’esprit d’analyse de l’ingénieur sert beaucoup quand on est journaliste »

Olivier Lascar lors de l’événement ESME Demain

 

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